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Serge Zaka, agroclimatologue

« Il ne faut pas banaliser les impacts du changement climatique au travers du confort de l'Homme »

Adaptation climatique
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La meilleure façon dont peuvent travailler les collectivités, c'est de renforcer la prévention, quel que soit le risque

Fin observateur de l’évolution du climat, l’agroclimatologue Serge Zaka a échangé avec Smart City Mag au cœur de l’été, le 30 juillet dernier, pour apporter ses conseils aux collectivités face aux épisodes météorologiques rencontrés.

Cet été 2026 a été fortement marqué par les incendies, notamment le mégafeu en Gironde qui a ravagé plus de 42 000 hectares. Ces feux vont-ils avoir un impact sur le microclimat de la région ?

Serge Zaka. Oui, clairement. Les forêts ont un rôle d'ombrage et d'évapotranspiration, elles sont un régulateur du microclimat local. Quand un territoire perd des arbres, que ce soit en ville, en dehors des villes ou en périphérie, le paysage s'échauffe. Le soleil tape davantage sur le sol, qui restitue la chaleur la nuit, pendant les canicules notamment. Faire repousser ces arbres va prendre des dizaines d’années, le microclimat de la région est donc changé en conséquence pour des dizaines d'années.


Les épisodes de canicule s’enchaînent. Que peuvent faire les collectivités pour évoluer dans leur gestion du risque ?

La meilleure façon dont peuvent travailler les collectivités, c'est de renforcer la prévention, quel que soit le risque. Concernant les feux de forêt par exemple, il faut aller dans les campings, dans les lieux de vacances, répéter que les barbecues sont interdits et faire appliquer les règles à ce sujet. La prévention ne doit pas être sous-estimée, elle est extrêmement importante. Pour la végétalisation des villes et la création d’îlots de fraîcheur, il faut avoir en tête que 70 % des espaces verts sont constitués de jardins particuliers. La collectivité aura beau planter des arbres dans ses rues, si elle ne sensibilise par ses citoyens, ses actions seront limitées.Les jardins représentent des zones d’infiltration. Et un arbre, ce n’est pas juste un élément vert pour faire beau. Il faut savoir ce dont il a besoin.


La deuxième action à mener dans la gestion des risques est d'éviter d'accentuer les aléas par la structuration du paysage. Une ville ne doit plus être pensée dans ses seules limites mais avec l’environnement qui l’entoure. Ce qu'on appelait les schémas territoriaux avant doivent intégrer l'hydrologie régénérative pour placer le relief et l'eau au centre des intérêts. Pour éviter les inondations, cela signifie ne plus construire en zone inondable et désimperméabiliser les sols. De même pour éviter les feux de forêt, il s’agit de ne plus construire en bordure de ville, à l'interface forêt-ville, ce qui augmente la probabilité de risques.


Les collectivités doivent-elles se doter de compétences en biologie ? Qui doit prendre en charge ce sujet ?

Les compétences sont importantes mais compliquées à obtenir. Et je n'ai pas l'impression qu'on ait compris l'ampleur de ce qu'il faudrait faire pour prendre en compte ces sujets. La première chose qu’une collectivité peut faire est d’impliquer davantage les citoyens sur ces questions, mais aussi de collaborer avec des acteurs qui peuvent prendre soin des forêts, c'est-à-dire les agriculteurs. Par exemple en Suisse, chaque communauté de communes a une partie de ses impôts qui est redirigée vers le financement d’agriculteurs pour la plantation d'arbres, de haies et de leur entretien. Ce qui leur assure un complément de revenus pour prendre soin des sols et de la végétation.


De manière générale, je pense que le sujet doit être pris en main par les communautés de communes. C’est à elles de sensibiliser les citoyens ou de déterminer quels arbres planter. Des sites comme ClimEssences.fr qui permettent de savoir quelle essence planter aujourd'hui pour l'avenir. Car aujourd’hui encore, on plante toujours les mêmes essences, comme le tilleul argenté. Il y en a partout dans le nord de la France. Or, le tilleul argenté est une espèce qui, dans un contexte de changement climatique, va dépérir.


Les articles météo des grands médias parlent beaucoup de températures supérieures aux moyennes de saison. Est-ce que, selon vous, il faut garder cette façon de présenter les choses pour souligner l'impact du changement climatique ? Ou alors faut-il intégrer ce changement pour ne plus s'étonner d'atteindre les 40 degrés dès le mois de juin ?

C’est tout l’objet de mes posts sur les réseaux sociaux. C’est l’homme qui a inventé les statistiques et les normes de saison. Mais le hêtre, le bouleau, le charme et tous ces arbres-là, ils n'en ont rien à faire des normes et vont subir la température et les excès. Il ne faut donc pas banaliser les impacts du changement climatique au travers du confort de l'Homme. Ce n'est pas parce que l'Homme a acheté une climatisation pour faire face à la canicule que forcément la forêt va mieux. A mes yeux, il est très important de continuer à dire que nous avons un nombre de jours supérieur à 40 degrés par rapport aux années 1900. Et de continuer à le souligner. Ce n'est pas parce que les statistiques deviennent banales en termes de nombre de jours supérieurs à 35 degrés que les conséquences de ces jours deviennent banales.

 

Lire aussi notre dossier "Résilience et adaptation au changement climatique : quelles solutions ?" dans SCM n°75

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