Longtemps considérée comme un sujet essentiellement technique, la gestion des eaux usées devient aujourd'hui une priorité stratégique pour les collectivités. Adoptée en 2024, la Directive relative aux Eaux Résiduaires Urbaines (ou en anglais Urban Wastewater Treatment Directive - UWWTD) révise le cadre réglementaire en vigueur depuis 1991 afin de répondre aux nouveaux enjeux environnementaux, énergétiques et sanitaires. Avec la DERU2, l'Europe fixe un nouveau cap : améliorer la qualité des rejets, réduire l'impact environnemental des infrastructures d'assainissement et renforcer leur résilience face au changement climatique.
Son entrée en application intervient dans un contexte déjà complexe pour les collectivités et les exploitants. En France, le secteur de l'assainissement représente près de 390 000 kilomètres de réseaux de collecte des eaux usées (1), plus de 21 500 stations d'épuration et près de 5,6 milliards de m³ d'eaux usées collectées chaque année (2). Mais les réseaux vieillissent, les épisodes pluvieux deviennent plus intenses, les coûts de l'énergie augmentent, alors même qu'émergent de nouveaux polluants encore difficiles à traiter.
DERU2 : un nouveau niveau d'exigence, de nouveaux investissements
La directive introduit plusieurs évolutions majeures : renforcement du traitement des micropolluants, réduction des débordements liés aux épisodes pluvieux, surveillance accrue des rejets et objectif progressif de neutralité énergétique des stations d'épuration.
Chacune de ces évolutions entraine de nouveaux besoins d’investissement pour les collectivités, déjà sous le coup de très fortes contraintes budgétaires par ailleurs. Le renforcement du traitement des micropolluants par exemple, va nécessiter d’appliquer des traitements complémentaires sur les eaux usées, alors que l'objectif de neutralité énergétique fixé à l’horizon 2045 pousse quant à lui les collectivités à repenser le fonctionnement de leurs installations, depuis les équipements de pompage, jusqu'à la gestion quotidienne des stations d'épuration.
Dans ce contexte, une meilleure visibilité sur les performances des réseaux devient essentielle pour les collec-tivités. Elle leur permet de hiérarchiser plus stratégiquement leurs actions et d’orienter leurs décisions d’inves-tissement.
Les eaux claires parasites, un levier de performance souvent sous-estimé
Au-delà des équipements, la DERU2 met aussi en lumière un enjeu méconnu : la maîtrise des eaux claires parasites. Derrière ce terme technique se cachent les eaux de pluie ou d'infiltration qui pénètrent dans les réseaux d'assainissement et viennent saturer inutilement les stations d'épuration. Pour les collectivités, cela se traduit par des volumes d'eau supplémentaires à traiter, plus d’énergie dépensée et un risque accru de débor-dement lors de fortes pluies.
Avec la multiplication et l’intensification des événements météorologiques extrêmes, ces pressions ne feront que s’accentuer, faisant des infiltrations et des entrées d’eaux claires parasites un défi opérationnel majeur
pour les services d’assainissement. Cette situation constitue toutefois une véritable opportunité : dans de nom-breux territoires, la réduction de ces volumes d’eaux parasites représente l’un des leviers les plus rentables pour améliorer les performances des réseaux, renforcer leur résilience et optimiser les capacités de traitement, sans engager de vastes et coûteux programmes de réhabilitation des infrastructures.
Mais ici aussi, pour pouvoir agir effficacement, encore faut-il pouvoir localiser précisément les zones concer-nées, comprendre les sources des infiltrations et hiérarchiser les interventions à mener. Or, dans des réseaux parfois étendus sur plusieurs centaines de kilomètres, cette visibilité ne peut plus reposer uniquement sur des inspections de terrain ou des campagnes de mesure ponctuelles.
La donnée au secours de l’assainissement
Les nouvelles technologies, fondées notamment sur l'analyse des données, l'hypervision, l'intelligence artifi-cielle et les outils prédictifs, apportent justement cette capacité d'analyse. En corrélant les données opération-nelles - temps de pompage et volumes transférés par temps sec versus temps de pluie - avec d’autres données telles que les prévisions météorologiques et les données de consommation des abonnés, les solutions d’hy-pervision permettent de localiser avec précision les infiltrations. Cette approche analytique avancée transforme la donnée brute en levier de conformité et d'efficacité opérationnelle et permet ainsi de prioriser les travaux de réhabilitation là où ils auront le plus d'impact.
Si ces approches sont déjà largement déployées dans les réseaux d'eau potable, leur développement dans l'assainissement démarre seulement. La DERU2 pourrait contribuer à accélérer cette transformation, en pla-çant la connaissance des réseaux au cœur des stratégies de mise en conformité.
Certaines collectivités ont d'ailleurs déjà engagé cette démarche. À Mimizan (Nouvelle-Aquitaine) par exemple, la communauté de commune a choisi l’hypervision pour gérer et optimiser le diagnostic permanent de son système d’assainissement.
Une chose est sûre, la mise en conformité avec la DERU2 nécessitera des investissements importants dans les années à venir. Selon certaines estimations, ils pourraient représenter plus de 10 milliards d'euros d'ici 2045 (3). Mais avant cela, les collectivités devraient explorer des solutions plus sobres et moins couteuses, afin de tirer le meilleur parti des infrastructures existantes et les données déjà à disposition.
La DERU2 doit être considérée comme bien plus qu’une simple contrainte réglementaire. Elle constitue surtout une opportunité pour renforcer la résilience des infrastructures face aux aléas climatiques, améliorer leur per-formance opérationnelle et poser les bases d’une réutilisation accrue de l’eau.
(1) Source : Eau France - Panorama des services d'eau et d'assainissement
(2) Source : Onyx Eleven - Chiffres clefs sur l’assainissement collectif en France
(3) Source : Synteau – Nouvelle réglementation européenne sur le traitement des eaux usées, l’ampleur du défi pour la France



