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Jui-Wen Chen (JW Eco-Technology) : « Avec notre solution, la "ville éponge" à des applications concrètes »

Aménagement du territoire

Une maquette représentant une ville sous la pluie a vivement attiré les regards au salon Smart City Summit Expo, organisé à Taipei du 17 au 20 mars dernier. Son objectif : présenter le concept de ville éponge, au cœur de la technologie de l’entreprise JW Eco-Technology. Son PDG, Jui-Wen Chen, nous en a expliqué le fonctionnement. Interview.

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Jui-Wen Chen, P-DG de de l’entreprise taiwanaise JW Eco-Technology

Pouvez-vous expliquer comment fonctionne votre technologie au service de la ville éponge ?

Jui-Wen Chen : Il s’agit d’une technologie de revêtement urbain capable de transformer en profondeur la gestion de l’eau. La structure repose sur une superposition de couches — pavés en surface, puis en matériaux recyclés (plastiques ou débris de chantier) et granulats en sous-terrain — dont l’épaisseur varie selon les usages (trottoirs, routes, zones aéroportuaires). Pour un trottoir, il n’est pas utile de creuser plus d’une dizaine de centimètres.

 

La première couche de pavés peut supporter des charges importantes (comme le passage d’avions), et présente une durée de vie estimée entre 30 et 50 ans. Ce qui est bien supérieur aux infrastructures classiques, les routes devant être entretenues chaque année et refaites tous les dix ans. Contrairement aux infrastructures classiques, ce système permet à l’eau de pluie — mais aussi aux eaux usées — de s’infiltrer directement dans le sol à travers de petits trous dans les pavés. L’eau est ainsi stockée, filtrée naturellement et réinjectée dans l’écosystème local. Il n’y a plus besoin d’égout avec ce système. Outre la gestion de l’eau, la technologie apporte d’autres bienfaits quant à la qualité du cadre de vie.


Quels sont-ils ?

 

La régulation thermique. En période de canicule, ces surfaces restent autour de 30°C, contre parfois 70°C pour des routes en bitume. En hiver, elles conservent la chaleur et facilitent la fonte de la neige. Ce système contribue ainsi à limiter les îlots de chaleur urbains. La technologie agit également sur la qualité de l’air. Grâce à un système de circulation d’air intégré, elle capte le CO₂, le transforme en carbone organique et le réinjecte dans le sol, favorisant la croissance des plantes.

 

Selon les concepteurs, jusqu’à 70 à 90 % des émissions de CO₂ locales peuvent être absorbées en une vingtaine de minutes. Dans certains quartiers résidentiels, la technologie a permis de supprimer les odeurs liées aux égouts, ainsi que la prolifération de moustiques, contribuant à une nette amélioration sanitaire.


Depuis combien de temps travaillez-vous sur cette solution ?

Elle est le fruit de plus de 40 ans de recherche et développement. Cette innovation est longtemps restée discrète. Ce n’est qu’il y a dix ans qu’elle a commencé à se faire connaître à l’international, en étant identifiée et reconnue par les Nations Unies comme solution concrète d’adaptation au changement climatique. Depuis la COP21 à Paris en 2015, JW Eco-Technology a été mise en avant à chaque COP.


Avez-vous déployé la technologie sur différents sites ?

Oui, des applications concrètes existent déjà dans plusieurs pays, auprès de collectivités, d’universités et de grandes entreprises. À Taipei, un campus universitaire régulièrement inondé a été entièrement réaménagé avec cette technologie. Depuis, malgré sa position en zone basse, le site n’a plus connu d’inondations. De même, la cour d’un collège à Tainan (ville côtière dans le sud de l’île) a été entièrement équipée en 2018. Le chantier, couvrant environ 40 000 m², a nécessité un mois de préparation. Aux États-Unis, l’Université de l’Illinois a installé la solution sur son campus.


Quelles sont les perspectives pour l’entreprise ?

Notre technologie a de belles perspectives car elle pourrait répondre à de nombreux défis actuels, qu’il s’agisse du réchauffement climatique, de la gestion des eaux ou encore du développement d’une économie verte créatrice d’emplois. Nous avons entamé des échanges avec un centre de recherche français.

 

Nous sommes très intéressés par une collaboration avec la France, et espérons que cela se concrétisera en 2026. Un conseil que je peux donner dès à présent aux collectivités françaises : chaque territoire ayant des problématiques spécifiques — inondations, sécheresse, chaleur —, la première étape consiste à identifier les enjeux locaux avant de déployer une solution et ne pas avoir peur de changer ses manières de faire.

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