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Pourquoi Amiens a abandonné son jumeau numérique de prévention des inondations ?

Jumeau numérique
publié le 18/10/2026 - par Célia GARCIA-MONTERO

Pour mieux anticiper les inondations et adapter son aménagement urbain au changement climatique, Amiens Métropole a expérimenté un jumeau numérique dans la ZAC Gare La Vallée. Mais les limites des modèles hydrauliques, le choix des logiciels et le manque de compétences en interne ont conduit la SPL " Vallée idéale développement " à abandonner l’outil. Retour sur les difficultés rencontrées et les enseignements de ce projet.

Pourquoi Amiens a abandonné son jumeau numérique de prévention des inondations ?

Située dans la vallée de la Somme, Amiens est exposée à quatre types de risque d’inondation : les débordements fluviaux, la submersion des zones basses de la collectivité, le ruissellement urbain et les remontées de nappes phréatiques. Pour adapter l’aménagement urbain de la métropole au réchauffement climatique et bénéficier d’un outil d’aide à la décision, la Société Publique Locale " Vallée idéale développement " a expérimenté un jumeau numérique pour simuler le risque d’inondation, non sans embûches.


Rappelons que cette initiative est née en 2022. La métropole d’Amiens est alors lauréate de l’AMI " Démonstrateurs de la ville durable ", porté par la Banque des territoires dans le cadre de France 2030, dont l’objectif est d’innover pour accélérer la transition énergétique. Avec son projet intitulé " Eau désirable : Penser la ville incertaine et imprévisible ", Amiens Métropole a fait le choix de travailler sur des solutions pour prévoir l’aménagement en zone inondable.

 

Sa zone d’aménagement concerté (ZAC) Gare La Vallée a servi de terrain d’expérimentation. Sur cet espace de 9 hectares, le projet prévoit la renaturation d'un espace à fort potentiel écologique, la création d’un parc naturel urbain, une gestion raisonnée des terres sur un espace de maraîchage, et la construction de bâtiments adaptés au risque d'inondation et en matériaux géo-sourcés. C’est pour articuler cet ensemble que le jumeau numérique a vu le jour.


Un modèle selon le type d’inondation

Les études immobilières ont été réalisées avec Linkcity et la construction d’un outil de modélisation de l’aléa inondation avec l’Université de technologie de Compiègne. Les étudiants ont réalisé le jumeau numérique à partir d’Unity, un moteur de jeu vidéo multiplateforme et un environnement de développement intégré. L’environnement logiciel avait pour objectif de faire visualiser les conséquences de modifications de paramètres, par exemple de l’installation de barrières anti-inondation aux portes des nouveaux bâtiments.


Si le résultat attendu était bien défini, la réalisation n’a pas été un long fleuve tranquille. La difficulté majeure est venue des données. « Le modèle hydraulique de départ avait un biais : les données d’entraînement sont celles de l’inondation par débordement fluvial de 2001. Or, la dernière inondation a été causée par la pluviométrie », souligne Lise Bocher, chargée d’études et d’opérations à la SPL. Résultat : en configurant les paramètres du dernier aléa, le jumeau numérique ne sait pas d’où vient l’eau et les simulations ne sont pas assez précises pour planifier l’aménagement. « L’eau est compliquée à modéliser et, en hydrologie, le débordement et le ruissellement constituent deux modèles différents. Il faut le savoir avant de commencer, au risque que la solution devienne inutile », tire-t-elle comme enseignement.


Le choix des outils en fonction des compétences

Au-delà des modèles, le choix du logiciel est un autre paramètre auquel veiller dès le départ. « Nous avons testé un autre logiciel (Autodesk InfraWorks) qui avait intégré le risque d’inondation fluviale, indique Lise Bocher. Néanmoins, il était moins manipulable pour nos besoins. On y visualisait moins bien la remontée de nappes et, étant une solution propriétaire avec un coût d’abonnement, il n’était pas réplicable, alors que la réplicabilité était l’une des conditions des Démonstrateurs de la ville durable ». Cette solution a donc également été délaissée.


Autre critère essentiel, selon Lise Bocher, pour assurer le succès de l’exploitation d’un jumeau numérique : « Il faut que l’outil soit aux mains du bon acteur dans le territoire. » La question de la montée en compétence est donc elle-aussi sous-jacente. La SPL, qui ne manipule habituellement pas ces outils, ne prévoit pas de poursuivre son expérience en matière de jumeau numérique. D’autant que " Vallée idéale développement " collabore sur ses projets d'aménagement urbain et de développement territorial avec la société d'ingénierie Artelia, qui a elle-même son propre outil de modélisation en interne.

 

Si l’expérimentation n’a pas abouti, les équipes de la SPL continuent de s’intéresser aux retours d’expérience d’autres collectivités. Et Lise Bocher de conclure : « Cet abandon de notre part ne veut pas dire que l’outil n’est pas intéressant. L’exemple d’Angers Métropole en prouve l’utilité. »

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