LE MAGAZINE DES VILLES ET DES TERRITOIRES CONNECTÉS ET DURABLES

FNCCR : « L’éclairage à la demande redonne aux habitants une partie de la maîtrise du service public »

Eclairage public
publié le 05/10/2026 - par Christophe GUILLEMIN

Éteindre l’éclairage public en cœur de nuit tout en permettant aux habitants de le rallumer lorsqu’ils en ont réellement besoin : c’est le principe de l’éclairage à la demande. Apparues il y a une dizaine d’années, ces solutions profitent aujourd’hui du développement de la télégestion. Wilfried Kopec, chef du département énergie et du service infrastructures de réseaux énergie et éclairage à la FNCCR, revient sur leur fonctionnement, leurs usages et leurs limites.

La soluton "J'allume ma rue" est aujourd'hui déployées dans environ un millier de communes et plus de 3 000 armoires. En homepage, la solution par QR Code de Morbihan Energies.
La soluton "J'allume ma rue" est aujourd'hui déployées dans environ un millier de communes et plus de 3 000 armoires. En homepage, la solution par QR Code de Morbihan Energies.

Qu’entend-on par « éclairage public à la demande » et comment fonctionne-t-il concrètement ?

Wilfried Kopec : Le principe consiste à permettre à un usager de rallumer temporairement l’éclairage public dans une zone où la collectivité pratique une extinction nocturne. Jusqu’à l’heure de coupure, l’éclairage fonctionne normalement. Puis, pendant la plage d’extinction – par exemple entre minuit et 5 heures –, un habitant qui en a besoin peut demander depuis son smartphone le rallumage du secteur dans lequel il se trouve.


C’est assez novateur dans la philosophie du service public puisque la collectivité confie en quelque sorte une partie de la télécommande de son éclairage à ses administrés. L’idée était simple : puisque les communes éteignent leur éclairage la nuit et que pratiquement tout le monde possède désormais un smartphone, pourquoi ne pas transformer celui-ci en interrupteur ?


Concrètement, la géolocalisation permet de vérifier que l’utilisateur se trouve bien dans une zone où le service est disponible et que sa demande intervient pendant la plage horaire définie par la collectivité. L’ordre est ensuite transmis à l’équipement de télégestion de l’armoire d’éclairage public et la zone est rallumée pour une durée généralement comprise entre cinq et quinze minutes.


Aujourd’hui, la plupart des systèmes travaillent à l’échelle de l’armoire plutôt qu’au point lumineux : plusieurs luminaires sont donc commandés simultanément. Il n’est pas nécessaire que chaque lampadaire soit connecté. Des horloges connectées installées dans les armoires et une plateforme de télégestion suffisent.


Où en est aujourd’hui le déploiement de ces solutions et quel est leur intérêt pour les collectivités ?

Wilfried Kopec, chef du département énergie et du service infrastructures de réseaux énergie et éclairage à la FNCCR

Elles restent loin d’être généralisées, mais elles ont dépassé le stade de l’expérimentation. J’allume ma rue, pionnier du domaine, équipe aujourd’hui de l’ordre d’un millier de communes et plus de 3 000 armoires. D’autres collectivités ou syndicats d’énergie ont développé leurs propres solutions. C’est notamment le cas de Morbihan Énergies, qui expérimente l’éclairage à la demande dans plusieurs communes, dont Auray.


Le principal intérêt de ce type de dispositif pour une collectivité est de concilier extinction de l’éclairage et maintien du service public. L’extinction nocturne existe depuis longtemps, initialement surtout pour des considérations environnementales : préservation de la biodiversité et réduction de la pollution lumineuse. À partir de 2022, avec la forte hausse du prix de l’électricité, la dimension économique est devenue beaucoup plus importante et de nombreuses collectivités ont pratiqué des extinctions nocturnes pour faire baisser leur facture énergétique.


L’éclairage à la demande répond à l’une des principales critiques adressées à cette politique : la disparition totale du service pendant plusieurs heures. On peut maintenir un fonctionnement normal en début de soirée, couper ensuite l’éclairage et conserver la possibilité de le restaurer ponctuellement.


Le dispositif est particulièrement adapté aux endroits où la fréquentation nocturne est faible et irrégulière : parkings, abords d’un stade ou d’une salle des fêtes, secteurs ruraux… Une personne qui rentre chez elle à 2 ou 3 heures du matin peut ainsi rallumer l’éclairage quelques minutes pour parcourir les dernières centaines de mètres. Nous avons aussi rencontré le cas de restaurants ruraux dont le parking est normalement éteint lorsque les derniers clients quittent l’établissement. Le restaurateur peut alors rallumer temporairement l’éclairage.


L’éclairage à la demande peut-il être généralisé ?

Non, ce serait contre-productif de généraliser le système. Si un secteur est rallumé presque en permanence, cela signifie probablement que l’extinction totale n’y est pas adaptée. Mieux vaut alors conserver un faible niveau d’éclairage toute la nuit. Les territoires ruraux et peu denses se prêtent donc particulièrement bien à l’éclairage à la demande, tandis que dans une zone urbaine très fréquentée, un abaissement nocturne peut être plus pertinent.


L’une des prochaines étapes sera de descendre de l’armoire jusqu’au point lumineux. Aujourd’hui, beaucoup de dispositifs commandent une zone entière. Avec la télégestion au point lumineux, il devient possible d’imaginer des scénarios beaucoup plus fins et d’adapter davantage l’éclairage aux usages réels.


Mais la technologie n’est finalement pas le principal enjeu. La vraie question est celle du niveau de service que la collectivité souhaite proposer. L’extinction nocturne n’entraîne pas nécessairement davantage de délinquance, mais le sentiment d’insécurité existe et il ne faut pas l’ignorer.


Un élu peut donc considérer que, dans certains secteurs, demander aux habitants de sortir leur smartphone pour retrouver de la lumière n’est pas une réponse satisfaisante et préférer maintenir un éclairage permanent, éventuellement abaissé. Ailleurs, l’éclairage à la demande permet de restaurer ponctuellement un service qui aurait sinon complètement disparu. Il ne s’agit donc plus d’opposer éclairage et extinction, mais d’adapter beaucoup plus finement le service public aux besoins réels du territoire.

 

Lire également sur ce sujet notre hors-série dédié à l'éclairage public : SCMag n° 74 Bis.

Le magazine

Dans Smart City Mag, retrouvez nos dossiers, enquêtes, reportages, interviews... sur les smart cities, en France comme à l'étranger.

Toutes vos formules d'abonnement donnent désormais accès aux archives numériques du magazine sous forme de liseuse et de pdf à télécharger. L'achat au numéro d'exemplaires papier vous donne également accès aux versions numériques du magazine (liseuse + pdf téléchargeable).

Contact annonceurs

Christine Doussot, directrice de clientèle
christine.doussot@smartcitymag.fr
Tél. + 33 7 69 21 82 45

RECEVOIR LA NEWSLETTER
Chaque semaine, recevez l'actualité
des villes et des territoires connectés et durables
INSCRIVEZ-VOUS À LA NEWSLETTER
OK
Non merci, je suis déjà inscrit !