SMARTCITY
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La smart city, un compromis entre le pouvoir politique et les acteurs économiques

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Jean Haëntjens, auteur de "Comment les géants du numérique veulent gouverner nos villes"
L’arrivée des technologies comme solutions aux problèmes des villes remet en cause [le pouvoir politique des maires]

Jean Haëntjens, spécialiste des stratégies urbaines, est l'auteur de "Comment les géants du numérique veulent gouverner nos villes", ouvrage qui vient d'être publié aux éditions Rue de l'Echiquier. Ce livre décrypte à la fois les enjeux actuels des villes, la place des grands acteurs du numérique dans leur gouvernance, l’avenir des ambitions environnementales, sociales et culturelles des collectivités territoriales.

Quel est le rôle des GAFA - les géants du numériques que sont Google, Amazon, Facebook et Apple -, dans les villes d’aujourd’hui ?

De nos jours, les acteurs du numériques ont acquis une certaine maîtrise des outils répondant aux défis des villes et on constate une montée en puissance de ces protagonistes sur le plan urbain.
Pour la première fois, Google a par exemple obtenu en 2017 la maîtrise d’ouvrage d’un projet urbain : le quartier Quayside à Toronto, au Canada. Uber ambitionne, de son côté, de casser les codes de la mobilité urbaine : l’entreprise propose aux villes en difficulté de remplacer leurs lignes de bus déficitaires par du taxi à la demande. Dernier exemple : Mark Zuckerberg a expliqué, lors d’une conférence à Harvard, sa vision d’un monde où les réseaux sociaux remplaceraient la démocratie telle qu’on la connaît. Mais les discours et les projets de ces grandes compagnies sont remis en cause car leurs intérêts ne sont pas les mêmes que ceux des gestionnaires des collectivités locales.


Quel est le message que vous essayez de faire passer à travers ce livre ?

Mon livre n’est pas une charge contre les géants du numérique, ni contre la smart city. Les promesses d’une ville-service sont intéressantes. Je veux seulement tenter de faire comprendre aux maires que l’arrivée des technologies comme solutions aux problèmes des villes remet en cause leur pouvoir politique. Les géants du numérique développent des business permettant de remplacer certaines compétences des collectivités locales, telles que la maîtrise technique de la régulation du trafic ou la gestion des données avec les algorithmes permettant un traitement rapide des données. Le pouvoir politique, au sein des villes, doit donc amorcer une négociation avec ces entreprises.


Comment les collectivités territoriales peuvent-elles reprendre le dessus sur les géants du numérique ?

La maîtrise du sol et de l’espace est le fondement du pouvoir municipal. Or, l’exemple du quartier Quayside à Toronto montre un abandon de l’espace par les politiques ; le contrôle de l’autorité n’y existe quasiment plus aujourd’hui. On observe aussi que des villes sont en perte d’identité. Or, c’est cela qui permet de créer du lien entre le territoire et les citoyens, et de tendre vers une gouvernance partagée.
Les élus doivent engager une négociation avec les géants du numérique pour conserver la maîtrise de l’espace, pour créer une culture locale, pour mettre en place une gouvernance partagée. Les grandes entreprises développent des solutions ponctuelles que les collectivités territoriales peuvent utiliser au profit d’un projet urbain plus vaste et d’une vision politique.


Selon vous, à quoi ressemblera la ville de demain ?

Il n’y aura pas une seule ville type dans l’avenir, on observe déjà différentes formes, différents modèles qui commencent à se construire. Tout d’abord, celui de la smart city pilotée par les géants du numériques avec une faible implication municipale. C’est la ville-service type. On voit déjà ce genre de cité se construire aux Etats-Unis et au Canada, comme avec l’exemple du quartier de Toronto par Google.
Il y a ensuite la cité politique européenne, utilisant le numérique pour améliorer la qualité de vie des citoyens tout en négociant fermement avec les acteurs privés. La ville a alors les compétences techniques et numériques ainsi que l’expérience pour engager une discussion avec les entreprises. C’est le cas de Londres, qui a interdit à la compagnie de VTC (voiture de transport avec chauffeur) Uber de circuler dans la ville afin d’éviter une concurrence avec les taxis.
Puis vient la petite ville réactionnaire, jouant la carte de la techno-phobie. Je parle ici des petites villes italiennes de moins de 50 000 habitants misant sur la culture, l’artisanat de l’art, la gastronomie locale. Et enfin, un dernier modèle prend forme : la smart city publique, qui se développe beaucoup en Chine. Il s’agit d’une ville administrée par un pouvoir autoritaire utilisant les innovations technologiques pour contrôler sa population. Quatre types de villes se dessinent donc pour l’instant, mais de multiples dérivations sont possibles.

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